Matériaux recyclés, énergie verte, process optimisés. Une usine durable coche toutes ces cases. Mais sans infrastructure électrique fiable, tout s’effondre. Un poste HTA mal dimensionné, un transformateur vieillissant, un TGBT sous-équipé : et c’est l’arrêt de production. Coût moyen d’une heure de coupure en industrie : 3 000 à 8 000 €.
Pourquoi les sites de production durable ont des besoins électriques spécifiques
Les usines engagées dans une démarche écoresponsable consomment souvent plus d’énergie qu’on ne l’imagine. Process de recyclage, extrudeuses, machines de conditionnement : tout ça tire fort sur le réseau.
Dès que la puissance dépasse 250 kVA, le raccordement basse tension ne suffit plus. L’entreprise bascule sur une alimentation haute tension A (HTA), généralement à 20 000 volts. C’est le cas de la majorité des sites industriels français.
Trois exigences techniques à anticiper :
- Puissance disponible : les équipements industriels modernes demandent entre 400 kW et plusieurs MW. Une ligne d’extrusion plastique seule tire 150 kW en pointe.
- Continuité de service : une coupure de 30 secondes détruit parfois une production entière. Dans l’agroalimentaire, un arrêt pendant un cycle de stérilisation oblige à jeter le lot.
- Compatibilité avec l’autoconsommation : les panneaux photovoltaïques en toiture injectent du courant dans le réseau interne. L’installation doit gérer ces flux bidirectionnels sans déclencher les protections.
Un site qui installe 500 kWc de solaire sans adapter son poste de transformation prend des risques. Les protections disjonctent. Les onduleurs s’arrêtent. Résultat : zéro économie et un réseau instable.
Les équipements d’une alimentation haute tension fiable
L’alimentation d’un site industriel suit un parcours précis. Le courant arrive du réseau public en 20 000 volts, traverse plusieurs équipements, et ressort en 400 volts utilisables par les machines.
Le poste de livraison HTA
C’est le point d’entrée de l’électricité sur le site. ENEDIS (ou la régie locale) livre le courant à cet endroit. Le poste contient des cellules de protection, des sectionneurs et des disjoncteurs. Ces éléments isolent l’installation en cas de défaut.
Un poste mal dimensionné provoque des déclenchements intempestifs. Vétuste, il devient un risque permanent. Budget d’un poste de livraison complet : entre 30 000 € et 90 000 € selon la configuration.
Le transformateur HTA : l’équipement le plus critique

Le transformateur hta abaisse la tension de 20 000 V vers 400 V. Les assureurs le considèrent comme le maillon le plus sensible du poste électrique. Une panne transformateur, c’est souvent 48 heures d’arrêt minimum. Le temps de trouver un remplacement.
Deux technologies sur le marché :
- Transformateur immergé dans l’huile : excellente capacité de refroidissement, adapté aux fortes puissances (jusqu’à 2500 kVA). L’huile minérale assure l’isolation et évacue la chaleur. Prix moyen pour un 630 kVA : 8 000 à 15 000 €.
- Transformateur sec enrobé : isolé par résine époxy, sans risque de fuite. Privilégié en agroalimentaire, pharmacie, zones urbaines. Plus cher (un 630 kVA sec dépasse 50 000 €), mais maintenance simplifiée.
Un transformateur de qualité fonctionne entre 25 et 40 ans. Ses accessoires (joints, huile, relais de protection) vieillissent plus vite. La maintenance préventive évite les pannes soudaines.
Le TGBT et la distribution basse tension
Le Tableau Général Basse Tension reçoit le courant transformé et le distribue vers les différents circuits du site. Chaque départ alimente une zone : atelier de production, bureaux, éclairage, compresseurs.
Les TGBT modernes intègrent des systèmes de mesure et de supervision. Suivi de consommation en temps réel, détection d’anomalies, optimisation des coûts. Budget : 15 000 à 50 000 € selon le nombre de départs.
Critères de choix pour une installation pérenne
Acheter un transformateur au rabais expose à des pannes, des pertes énergétiques et des surcoûts de maintenance. Plusieurs critères guident le choix.
Puissance adaptée aux équipements
Le dimensionnement se calcule à partir du bilan de puissance du site. Un bureau d’études analyse les besoins actuels et anticipe les extensions. Sous-dimensionner, c’est risquer la surcharge. Surdimensionner, c’est payer un équipement trop cher qui tourne à vide avec des pertes fer constantes.
Ordres de grandeur : une usine de conditionnement moyenne tourne autour de 630 à 1000 kVA. Les sites plus importants (plasturgie, métallurgie) dépassent 2000 kVA. Le coût d’une étude de dimensionnement varie entre 2 000 et 5 000 €.
Conformité aux normes européennes
La directive européenne N°548/2014 (écoconception) impose des seuils de rendement aux transformateurs. Depuis juillet 2021 (Tiers 2), les exigences se sont durcies. Un transformateur non conforme consomme plus et génère des pertes évitables.
Les normes CEI 60076 encadrent la conception et les tests de sécurité : mesure des pertes à vide, essai de tenue au choc de foudre (125 kV pour un 630 kVA), test d’échauffement. Chaque appareil doit passer ces contrôles avant livraison.
Garantie et maintenance
Un fabricant sérieux propose au minimum 2 ans de garantie. Les meilleurs s’engagent sur 10 ans, maintenance annuelle incluse les premières années.
La maintenance préventive comprend :
- Prélèvement et analyse d’huile tous les 2 ans (150 à 300 € par analyse)
- Contrôle des joints et de l’étanchéité
- Vérification des relais de protection DGPT2
- Thermographie infrarouge pour détecter les points chauds (500 à 800 €)
Fabrication locale
Un transformateur fabriqué en France offre des avantages concrets. Délais de livraison plus courts : 9 semaines en moyenne contre 4 à 6 mois pour l’import. SAV plus réactif. Empreinte carbone du transport limitée.
Pour un site engagé dans une démarche RSE, sourcer ses équipements critiques localement renforce la cohérence du discours.
Étapes d’installation d’un poste de transformation
L’installation d’un poste HTA ne s’improvise pas. Le projet s’étale sur 6 à 18 mois, de l’étude initiale à la mise en service.
Étude de faisabilité
Un bureau d’études réalise le bilan de puissance et définit l’architecture électrique. Il produit un schéma unifilaire qui détaille chaque équipement : cellules HTA, transformateur, TGBT, départs secondaires. Budget : 2 000 à 5 000 €.
Cette étape identifie les contraintes du site : espace disponible (un poste béton préfabriqué occupe environ 2 m² au sol), accès pour la maintenance, risques environnementaux.
Coordination avec ENEDIS
Le gestionnaire de réseau valide le raccordement et définit les conditions techniques. Il impose souvent des protections spécifiques : relais de découplage pour les sites avec production photovoltaïque, comptage en HTA.
Délais de raccordement : 3 à 12 mois selon la région et la disponibilité du réseau. Frais de raccordement : de 5 000 € à plusieurs dizaines de milliers d’euros selon la distance au réseau existant.
Installation et mise en service
L’installateur pose les cellules HTA, le transformateur et le TGBT. Il réalise les raccordements et les tests de conformité : mesure de tension, contrôle des phases, test des protections, vérification de la terre.
Un rapport d’essais documente chaque mesure. Ce dossier technique (DOE) reste indispensable pour la maintenance future et les contrôles réglementaires. Durée moyenne sur site : 2 à 5 jours.
Maintenance préventive
Une fois le poste en service, un contrat de maintenance garantit sa longévité. Les interventions annuelles comprennent le contrôle visuel, les mesures électriques et le remplacement des pièces d’usure. Budget annuel : 1 500 à 4 000 €.
Les transformateurs font l’objet d’un suivi particulier. L’analyse d’huile détecte les signes de vieillissement avant qu’une panne ne survienne. Cette approche prédictive coûte moins cher qu’un arrêt non planifié.
Prochaine étape : faites auditer votre installation existante par un professionnel habilité. Les extensions de site ou projets neufs nécessitent 6 à 18 mois d’anticipation. Le raccordement ENEDIS ne s’improvise pas.